Être mère non-mariée en Corée : un sacrifice silencieux

Publié le par Joo-Hee

Cet article est une traduction de l'article “A silent sacrifice, a human cost” paru dans la revue GrooveKorea en septembre 2014, avec l'aimable autorisation de ses auteures.

Les mères non-mariées en Corée luttent contre la discrimination sociale et le manque de services sociaux les aidant à garder leur enfant.

Mok Kyoung-hwa a déménagé dans un foyer pour mères célibataires à Séoul le dernier mois de sa grossesse. Elle avait 32 ans et son fiancé venait de la quitter parce que - elle le découvrira plus tard - il venait de rencontrer une autre femme. Sa grossesse était un secret pour tout le monde, à l’exception de sa mère et du père de son enfant, ce dernier lui ayant conseillé de se faire avorter quelques temps avant de la quitter. Aujourd'hui, le souvenir de cette période difficile fait rejaillir de vives émotions.

"Quand une femme est enceinte, c’est censé être un moment de fête et de célébration. Tout le monde s’enquiert d’aider la future maman ou de savoir si tout se passe bien." La voix tremblante, Mok ajoute : "Quand une femme accouche, elle reçoit toujours des fleurs de la part d’autres mères ou des amis et de la famille. Tout le monde vient la féliciter. Mais pour moi? Personne n’est venu me voir pour me féliciter."

En Corée, un pourcentage élevé de mères non-mariées [unwed mothers] abandonnent leur enfant pour l'adoption, un phénomène aujourd'hui bien connu. Mais Mok fait partie de ces mères de plus en plus nombreuses qui ont fait le choix d'élever seule leur enfant en dépit des normes sociales qui depuis des années encouragent les mères isolées à abandonner leur enfant.

Selon Mok :"Les gens ne devraient pas nous montrer du doigt. Parce que les mères célibataires ne veulent pas être blâmées par les autres, elles préfèrent rester silencieuses. C’est ce qui fait le plus mal."

L’industrie de l’adoption internationale en Corée

Les défenseurs des mères célibataires mettent en avant le pouvoir sans contrôle qu’ont les agences d’adoption sur des femmes vulnérables. Ces dernières vont voir les agences d’adoption en pensant être aidées, la plupart d’entre elles n’ayant de toutes façons nulle part où aller. Ces femmes reçoivent très peu de soutien de la part du gouvernement, de leur famille ou de leur entourage, ce qui fait que de nombreuses mères trouvent refuge auprès de centres d’accueil pour mères isolées dont la plupart sont gérés... par des agences d’adoption ! L’année dernière, 34% des mères abandonnant leur enfant l’ont fait en raison de difficultés financières.

Choi Hyoung-sook a abandonné son fils en 2005. Mais, prise de remords, elle décide de réclamer son fils quelques jours plus tard auprès du centre d‘accueil pour mères isolées tenu par l’agence d’adoption Holt en pensant y trouver de l’aide. Mais Holt la pousse alors à abandonner ses droits de mère.

"Quand j’y suis allée pour être conseillée, d’abord ils m’ont dit que je devais signer le formulaire de consentement pour la mise à l’adoption de mon enfant et qu’ensuite ils seraient d’accord pour me parler. A ce moment-là je n’étais toujours pas sûre. Cette pratique est complètement illégale, mais c’est malheureusement la stratégie utilisée de manière routinière par les agences d’adoption pour pousser les femmes à se séparer de leur enfant."

L’agence lui a dit qu’elle pourrait continuer à voir son enfant et entretenir une correspondance avec lui quand il sera plus âgé, contrairement à l’adoption nationale qui est généralement pratiquée dans le secret. Mais elle comprit trop tard que ce soit-disant “contact” maintenu avec son enfant était un mensonge, une stratégie de négociation pour pousser les mères à se séparer de leur enfant.

Pour Shannon Heit, coordinatrice bénévole de l’association des familles de mères non-mariées (Korean Unwed Mothers Families’ Association - KUMFA) : "la moitié des infrastructures d’aide aux mères non-mariées dans le pays sont actuellement tenus par les agences d’adoption, ce qui relève clairement du conflit d’intérêt. La plupart des centres d’accueil tenus par des agences d’adoption n’acceptent d’héberger les mères que si elles consentent à abandonner leur enfant ou choisissent d'héberger celles qui vont le plus probablement y recourir (souvent les femmes les plus jeunes qui n'ont pas de famille et pas de soutien de leur entourage)."

Dans les années 1950, après la guerre de Corée, 90% des enfants adoptés étaient des enfants métissés (1), tandis que dans les années 1970, la plupart des enfants mis à l'adoption sont ethniquement coréens. En 2012, au moins 90% des enfants adoptés ont été abandonnés par leurs mères parce qu’elles n'étaient pas mariées (et, en conséquence, souvent isolées).

Ce changement survînt dans les années 1970, lorsque le gouvernement décida de diriger les fonds d'aide vers les maternités privées, créant par là-même un système social défaillant laissant peu d’options pour les mères célibataires à l’exception de l’abandon. De même l’adoption internationale a soulagé le gouvernement qui n’avait plus besoin de mettre en place un système de protection sociale durable. Dans les années 1980, les agences d’adoption ont commencé à mener un réel business autour de l’adoption en ouvrant leurs propres cliniques, leurs systèmes de familles d’accueil, etc. Selon Tobias Hübinette, spécialiste des études coréennes : "A partir de ce moment, un nombre croissant de maternités pour jeunes mères célibataires ont été la source principale pour obtenir de beaux bébés en pleine santé".

En parallèle, les prix pour une adoption internationale ont sensiblement augmenté. Selon une étude menée par Eleana Kim, professeure d’anthropologie à l’université de Rochester, on estime qu’au total les 4 agences d’adoption existantes reçoivent en moyenne par an 35 millions de dollars.

"L’adoption est devenue une solution permanente pour faire face à une situation d’urgence qui au départ n’était que temporaire. Ce qui était supposé être à la base un acte humanitaire pour aider les enfants métissés et les orphelins de guerre est devenu le système d’adoption le plus répandu et le plus ancien au monde."

Considérer les différentes options

Mok a décidé d’aller dans un foyer d’accueil pour mères non-mariées subventionné par le gouvernement. Mais parce qu’elle souhaite élever toute seule son enfant, aucun des 33 centres d’aide du pays ne l’a d'abord accepté, et, par la suite, seulement deux centres l'ont recontactée.

Les mères célibataires qui abandonnent leur enfant pour l’adoption sont autorisées à rester dans ces centres pendant 2 ans, avec possibilité de rester 6 mois de plus si nécessaire. Au contraire, les femmes qui décident d’élever leur enfant toutes seules doivent quitter les lieux au bout de seulement un an pour pouvoir laisser la place à de nouvelles résidentes. Et commence alors pour elles de nouveaux problèmes à gérer.

En dépit de ce que prévoit la loi de 2007 en faveur des familles monoparentales, l’aide financière du gouvernement continue d’être très minimale. La loi prétend pourvoir aux besoins de l’enfant et de son éducation, et couvrir les coûts des services d’aide légaux. Pourtant à l'heure actuelle les mères non-mariées avec un enfant de moins de 12 ans et qui perçoivent un salaire mensuel inférieur à 1,2 million de wons (moins de 900 euros) ne reçoivent que 70 000 wons (environ 50 euros) par mois par le gouvernement... tandis que les parents qui adoptent reçoivent au moins 3 fois plus.

Selon Mok, la plupart des mères ne remplissent pas les critères permettant de toucher cette aide, parce que le mode de calcul inclut non seulement le salaire mais aussi les biens possédés (maison ou voiture), ou encore les revenus des parents et ce, même si dans les faits, ces femmes ne reçoivent aucune aide de leurs parents. Une autre possibilité est de se placer en-dessous du seuil de pauvreté qui est actuellement de 980 000 wons (730 euros) par mois. Selon Mok, la plupart des mères non-mariées essaient de rester à l'intérieur de cet intervalle de revenus.

Bien que l’aide financière du père soit requise par la loi pour élever l’enfant, la négligence et la procédure légale complexe font que la plupart du temps la responsabilité fincancière repose uniquement sur la mère.

Une chose était claire pour Choi à la naissance de son fils; elle ne reconnaîtrait les droits du père que s’il remplissait complètement ses obligations. “Pendant 3 ans, il a envoyé de l’argent, environ 700 000 wons par mois, mais ce n’était pas un versement régulier.” Il a continué à maintenir une relation avec l’enfant et il lui arrivait d’acheter des objets dont l’enfant avait besoin, mais il a depuis arrêté d’envoyer de l’argent, et Choi n’a auncun moyen pour l’obliger à payer.

En plus de la charge financière, Choi subit aussi des discriminations au travail. Elle connaît également d’autres mères non-mariées qui ont été renvoyées après la naissance de leur enfant.

Les mères ne sont pas les seules à subir des discriminations, les enfants aussi sont en permanence l’objet de railleries. Choi, dont l’histoire a été largement répandue dans les médias coréens, raconte que son fils a dû changer d’école l’année dernière car les autres élèves le harcelaient. “Quand il était en première année à l’école primaire, les autres enfants n’arrêtaient pas de le questionner sur des rumeurs qu’ils avaient entendues. Les parents des autres enfants leur interdisaient de jouer avec lui parce qu’il avait une maman qui n'était pas mariée.

Selon Choi, les mères non-mariées ont besoin de montrer qu’elles sont capables de bien élever leurs enfants pour faire avancer les mentalités. “Nous avons choisi d‘élever nos enfants et nous ne devrions pas être vues différemment ou négativement à cause de ça. Au contraire, nous devrions être respectées comme l’on respecte les autres personnes qui élèvent leurs enfants en paix.

Les mères non-mariées ont aussi besoin de soutien, car elles ne sont pas les seules à jouer un rôle dans l’éducation de leur enfant. “La société a elle aussi un rôle à jouer”.

C’est en particulier le manque de soutien qui oblige les mères à se séparer de leur enfant. Selon Mok : “quand cela se passe, les enfants finissent soit dans une famille adoptive, soit dans une famille d’accueil ou dans un centre social. Dans les 3 cas, les personnes ou institutions qui recueillent l’enfant reçoivent plus de subventions du gouvernement que nous.

Comparé aux 70 000 wons (50 euros) par mois que touchent les mères célibataires, Mok nous informe que les familles d’accueil reçoivent 500 000 wons (370 euros), les centres sociaux d’aide à l’enfance reçoivent 1,5 millions de wons (1100 euros) par enfant et par mois tandis que les familles adoptives coréennes reçoivent environ 150 000 wons (110 euros) par mois pour chaque enfant âgé de moins de 14 ans. Mok utilise la métaphore de la tasse cassée pour illustrer son point de vue : “au lieu d’investir de l’argent une fois que la tasse est déjà cassée, [le gouvernement] devrait l’investir pour faire en sorte que l’enfant grandisse dans un environnement sain auprès de ses parents biologiques. Le montant de l’aide serait moins important que ce qu’il dépense actuellement, et ne serait-ce pas un meilleur investissement ?

Selon Mok, les femmes qui abandonnent leur enfant pour l’adoption ne le font pas parce qu’elles ne veulent pas l’élever. “C’est parce qu’elles n’ont pas d’autre choix — en particulier si le père de l’enfant ou la famille ne la soutiennent pas.…là elles n’ont vraiment pas d’autre choix. Nous devons nous débarrasser de cette mentalité collective qui encourage les femmes à envoyer leurs enfants à l’adoption.

Mok raconte que les agences d’adoption affirment que les mères abandonnent leurs enfants parce qu’elles souhaitent pour eux une meilleure vie. Selon elle, ce n’est pas vrai. Cependant, elle admet que les moments difficiles peuvent fatiguer une seule personne quand elle élève seule un enfant, et ces moments d’insécurité et de stress peuvent alors pousser une mère à penser que l’adoption est la seule solution.

Certaines parmi ces femmes pourraient certainement retomber sur leurs pieds financièrement si elles avaient un soutien financier. Si la société pouvait aider à faire face à ces moments de difficulté et travailler pour protéger ces femmes, plus de mères seraient en mesure de garder leur enfant. Mais la société tire avantage des ces moments difficiles qui obligent les femmes à choisir l’abandon comme solution.

Les orphelins fabriqués et la baby box

Les révisions de 2011 de la Loi Spéciale sur l’adoption ont permis de mettre l’accent sur la préservation des liens familiaux en conformité avec les standards internationaux. Désormais la loi garantit aux mères un délai de 7 jours de rétractation, cette mesure faisant suite à de nombreux cas rapportés de coercition. L'un des cas rapporté concerne un bébé ayant été pris par un employé d’une agence d’adoption auprès d'une mère dont le consentement a été arraché juste après l’accouchement, alors qu'elle était toujours sous anesthésie. La loi interdit aussi aux agences d’adoption de fournir des services aux mères célibataires dès 2015.

Pour Mok, la loi fournit aux mères célibataires une protection légale supplémentaire pour les aider à défendre leurs droits à élever leur enfant. La période de rétractation de 7 jours « donne aux mères une chance supplémentaire de reconsidérer leurs capacité à élever leur enfant seule ou non ». Mok continue : « Avant, les mères devaient signer un acte d’abandon pour l’adoption avant même d’avoir accouché. Elles ne pouvaient donc pas vraiment se rendre compte de leur capacité réelle à élever leur enfant. On leur disait qu’elles n’étaient pas capables d’élever leur enfant, et elles ne faisaient qu’accepter cette fatalité ».

Un contrôle de l’agence Holt en Juin 2014 montre que l’agence a violé la nouvelle loi sur l’adoption sur de nombreux points, notamment en ce qui concerne la période de rétractation. Même si l’agence a respecté la loi pour 567 des 600 enfants nés après l’application de la loi en août 2012, 33 enfants ont été retirés à leurs parents avant que la période des 7 jours ne soit écoulée. Le contrôle montre aussi qu’avant que la loi ne soit effective, 78,7% des enfants, soit 1022 sur 1299 des enfants envoyés à l’adoption, ont été retirés à leurs parents sans que la période de rétractation ne soit respectée.

La nouvelle loi impose également la déclaration de naissance des enfants pour prévenir les abus du système d’adoption. Dans de nombreux pays, il est illégal d’adopter un enfant qui n’est pas orphelin. Bien que ce soit aussi le cas en Corée, les agences d’adoption ont souvent créé des ‘papiers d’identité’ d’orphelins pour faciliter la procédure d’adoption, coupant de fait tous les liens entre l’enfant et sa famille. Les partisans de la loi se soucient du fait qu’un enfant qui n’est pas déclaré à la naissance n’a aucune protection légale.

Certaines femmes sont encore réticentes à l’idée de déclarer la naissance de leur enfant par crainte d’être discriminées. Environ 3 000 enfants de mères non-mariées ne sont pas déclarés chaque année.

Le gouvernement ne mentionne pas le statut de “mère non-mariée” dans le livret de famille officiel. Mais, comme le précise Choi, “le nom de l’enfant se trouve dans l’acte de naissance de la mère (hojuk), et l’acte de naissance de l’enfant ne portera que le nom de sa mère, donc n’importe qui consultant le fichier sera au courant”.

Depuis le passage de la loi, une ‘baby box’ a vu le jour à Séoul sous l’inititative d’un pasteur coréen -dans le but de fournir un endroit sûr pour “déposer” les bébés abandonnés. Depuis l’arrivée de cette baby box, le nombre d’abandons a augmenté.

Les défenseurs de la baby box mettent en avant le fait qu’il est préférable de mettre l’enfant à l’adoption en l’abandonnant dans cette boîte plutôt que de le laisser dans la rue. A cet argument, Choi répond : “ avant la baby box, les femmes n’abandonnaient pas leur bébé dans la rue. Mais maintenant, la baby box pousse les mères à abandonner plus facilement leur enfant, chose qu’elles n’auraient peut-être pas fait avant la baby box”.


Affiche de la campagne contre la baby box ("Construisons des familles, pas des boîtes"), lancées par l'ONG, Koroot - 뿌리의집.

Le nombre d’abandons d’enfants était en réalité en baisse avant que la baby box ne soit installée. Et ce nombre a augmenté depuis les révisions de la loi spéciale sur l’adoption, notamment à cause de la très grande attention portée par les médias.

Selon Heit, l’image de la baby box renvoyée par les médias donnait l’impression que les enfants grandiraient heureux. “Malheureusement, cela a convaincu les mères célibataires qu’elles devaient laisser leur bébé dans cette boîte. Avec cette idée fausse qu'en faisant ce geste généreux, leur enfant aurait une vie heureuse, même si cela doit se faire sans elle.

Les Nations Unies se sont officiellement opposées à l’usage de la baby box dans le monde parce qu’elle incite à l’abandon d’enfant, ce qui est illégal en Corée.

Néanmoins, certaines mères sont suffisamment désespérées pour l’utiliser. La militante Jane Jeong Trenka pense que c’est parce que ces femmes n’ont pas été mises au courant qu’il existe une procédure appellée “déclaration partielle” qui autorise à garder secrète la déclaration de naissance. Pour Mok, la solution serait de créer un centre d’aide pour offrir un hébergement pour les femmes en détresse. “Avec le système actuel, il y a tellement de conditions à remplir, et si tu ne les remplis pas, alors tu n’as aucune chance d'y accéder. Par exemple, si tu as déjà un enfant et que tu es à nouveau enceinte, il n’y a littéralement nulle part où trouver de l’aide. Donc il faudrait des endroits pour accueillir les personnes en situation d’urgence, de crise et ce, sans condition.

Préserver la famille avant tout

Mok pense que pour changer les préjugés sur les mères qui ne sont pas mariées, la société coréenne a besoin de fournir un réel soutien comprenant une meilleure aide économique, des informations fiables et la mise en place d’une aide pour l’enfant au lieu de mettre en place un système qui encourage la séparation entre la mère et son enfant. Elle a aussi l’impression que le soutien de la famille est très important car les familles devraient plutôt accueillir à bras ouverts les mères non-mariées au lieu de les rejeter.

Même si sa mère s’est d'abord opposée à sa grossesse, celle-ci l’a aidée à trouver un endroit où vivre avec son bébé. Elle l’a également aidée en venant garder son enfant, quitte à passer deux heures dans les transports en commun, quand Mok travaillait. “Si je n’avais pas eu le soutien de ma mère, je ne sais pas si j’aurais pu faire tout ça.

Quand il est devenu difficile pour sa mère de venir pour des raisons de santé, Mok est revenue vivre chez ses parents. C’est comme cela que son père a découvert la vérité. Il a alors essayé de mettre dehors la mère de Mok, tout en demandant le divorce. Mais il a finalement accepté que son petit-fils reste à la maison. Mok n’a eu le droit de revenir que plusieurs mois plus tard, après que sa mère ait convaincu son père que c’était là la meilleure des solutions pour leur fille.

Aujourd'hui, Mok et son fils Ho-seong continuent de vivre chez les parents de Mok et son père a depuis changé d'attitude.

« Maintenant il traite Ho-seong comme s’il était le roi de la maison. Et à cause de cela Ho-seong pense qu’il l’est vraiment. Il dit des choses comme “Papy dit que je suis le meilleur. Il a dit que j’étais le roi de la journée, donc je suis le roi aujourd’hui ”».

Mok et les mères non-mariées combattent l’idée selon laquelle leurs enfants n’étaient pas désirés en racontant leur histoire, et en menant des activités militantes comme le fait de demander la révision de la Loi Spéciale sur l’adoption. Elles ont également créer leurs propres organisations de lutte et de soutien et, ensemble, ces organisations ont lancé un plaidoyer pour réclamer une Journée de l’adoption dans le but de faire prendre conscience à leurs concitoyens de l’importance de promouvoir l’adoption nationale [comme alternative à l'adoption internationale]. De la même manière qu'il existe déjà une journée des mères non-mariées pour inciter le gouvernement à soutenir leur droit à élever seules leurs enfants. En combattant les lois et les politiques discriminantes, ces militantes cherchent aussi à faire changer les mentalités.

La première question que les gens nous posent toujours c'est : pourquoi n’avez-vous pas avorté? La seconde : Pourquoi ne pas avoir mis votre enfant à l’adoption? Cela en arrive au point que les mères se demandent pourquoi elles ne peuvent pas élever leur enfant seules, sans que cela ne soit perçu comme bizarre ou tabou”, indique Shannon Heit.

Comme le fait remarquer Choi : “pour une mère, c’est un instinct naturel que de vouloir garder et élever son enfant. Même si cela est difficile, je n’ai aucun regret et mon enfant m’a offert une nouvelle vie. Je ferai n’importe quoi pour mon fils.

Article original rédigé par Deva Lee et Jenny Na / Illustrations de Vanessa Sae-hee Burke
Traduction du coréen vers l'anglais (pour les témoignages) par Shannon Heit, Soyeon Kim et Holly MacKay.

Traduction vers le français par Joo-Hee.

Accès à l'article original en anglais ici.

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(1) Les enfants métissés nés pendant la guerre de Corée sont issus d'unions raciales mixtes entre des soldats américains (blancs ou noirs) et des femmes coréennes (note de la traductrice).

Publié dans Adoption transraciale

Commenter cet article

Didier 25/03/2015 22:47

Merci beaucoup pour cette article très instructif.

marc 25/03/2015 03:00

Le terme unwed mother désigne les mères non-mariées et pas célibataires (single mothers).
La nuance est d'importance, car ces même mères non-mariées tiennent à cette désignation spécifique.
Plutôt une bonne traduction de l'article original, qui lui est malheureusement de moyenne facture.
A côté des soldats US, il y avait des soldats de 15 autres nations, qui ont certainment donnés également naissance à des enfants métissés.

Nicolas et Joo-Hee 26/03/2015 00:52

Merci Marc pour cette précision sur les termes. Nous allons corriger ça rapidement.
Je respecte ton point de vue sur la qualité de l'article original, néanmoins si j'ai fait le choix de le traduire c'est qu'il m'a semblé être malgré tout une bonne introduction pour les personnes qui s'intéressent pour la première fois à la situation des mères non-mariées en Corée.
Joo-Hee.